— Seule ?

— Non pas, monsieur. Monsieur sait bien que madame est encore avec les journalistes !…

Léon Drapier leva les bras au ciel.

— C’est véritablement insupportable ! On n’en finira donc jamais de toutes ces interviews qui ressemblent à des interrogatoires !

La vieille cuisinière insinua :

— Je serais à la place de monsieur que je n’hésiterais pas à prendre le balai et à fourrer tous ces gens-là à la porte. C’est pas Dieu possible d’embêter le monde comme ils le font les uns et les autres !

Léon Drapier haussa les épaules. Il se mit à se promener de long en large dans le petit salon, où depuis quelques jours il s’était installé au lieu de continuer à vivre dans son cabinet de travail.

— Un de parti, dix de revenus ! grommelait-il en songeant aux journalistes. Et nous serions encore plus harcelés si je n’avais pris la décision de disparaître chaque fois qu’il s’en présente un et d’envoyer ma femme leur répondre à ma place !

Depuis le mystérieux assassinat de son valet de chambre, M. Léon Drapier était, en effet, assailli par tous les reporters de Paris.

À la Monnaie, on ne venait pas l’y chercher, car il était impossible de parvenir jusqu’à son bureau sans être muni d’une autorisation spéciale ; mais il n’en était pas de même à son domicile, et Léon Drapier ne pouvait rentrer sans trouver devant sa porte, à l’intérieur de l’ascenseur, dans l’escalier, voire même dans la galerie de son propre appartement, des jeunes gens aux allures obséquieuses et affairées qui, après l’avoir hâtivement salué, sortaient un carnet de leur poche et se préparaient à prendre des notes.