Au lendemain du crime, Léon Drapier avait éconduit tous les reporters ; mais il s’était rendu compte de l’inconvénient qu’il y avait à ne pas compter avec la presse.

Les journaux, en effet, avaient été unanimes pour le traiter durement, pour l’incriminer, avec des sous-entendus redoutables, d’une complicité quelconque dans le mystérieux drame qui avait eu lieu chez lui.

Léon Drapier avait alors décidé de changer d’attitude et il le faisait avec d’autant plus d’empressement que certains journalistes avaient été jusqu’à suggérer qu’après ce scandale il ferait bien de donner sa démission de directeur de la Monnaie !

Drapier, toutefois, s’était heurté à une difficulté. La justice, désormais, était saisie de l’affaire, et il devenait incorrect de sa part de parler aux journalistes sans froisser le Parquet.

Comment fallait-il faire pour éviter de se mettre à dos les uns comme les autres ?

Drapier avait alors trouvé ce moyen qui consistait à faire recevoir les journalistes par sa femme qui répondait le plus aimablement possible à toutes les questions qui n’avaient pas trait directement à l’affaire !

Tandis que Léon Drapier s’impatientait de ce que M me  Drapier n’ait point fini avec les journalistes, et qu’il ne tenait point compte du conseil de Caroline qui aurait voulu mettre à la porte tous ces gens-là, Eugénie Drapier était en conférence dans la salle à manger avec un reporter du nom de Mirat, attaché au journal La Capitale.

— Mon Dieu ! monsieur, proférait M me  Drapier, vous avez des idées véritablement bien extraordinaires ! Et si vous n’étiez recommandé par un collègue de mon mari au ministère des Finances, je crois que je vous demanderais si vous ne vous moquez pas de moi !

Le journaliste protestait :

— Qu’a-t-elle donc de si extraordinaire ma question, madame ? articulait-il. Je vous demande quels sont les cigares préférés de M. Drapier. Il me semble que c’est là une information excessivement intéressante pour nos lecteurs et qui, au surplus, loin de nuire à la réputation de votre mari, ne peut que lui être favorable !