Tout sentiment était anéanti chez lui par le seul fait de la peur qu’il avait que sa femme connût ses relations avec la demi-mondaine de la rue Blanche. Jusqu’à présent, il avait pu dissimuler, il espérait, malgré tout, qu’il pourrait continuer à en être de même.

M me  Drapier entra. Elle fit boire à son mari quelques gouttes d’eau de mélisse qu’elle lui apportait, mêlée à de l’eau minérale.

Il n’éprouvait aucunement la sensation qu’il allait s’évanouir. Néanmoins, Léon Drapier absorba la boisson qu’on lui présentait.

Il prit un air indifférent pour déclarer à sa femme :

— Cette histoire que tu viens de me lire, dont on parle dans le journal, n’a aucun intérêt, aucune importance. C’est une de ces pauvres filles qui s’est donné la mort, souhaitons que les journalistes n’aillent pas amplifier cette affaire et soulever un scandale à ce propos !…

— Ma foi, déclara M me  Drapier, je souhaiterais plutôt le contraire ! Un clou chasse l’autre ! Et si les journalistes pouvaient s’occuper de cette demoiselle et nous laisser tranquilles, j’en serais, pour ma part, fort heureuse !… Oui, concluait-elle, plus cette affaire-là grossira, et plus nous aurons la paix… Ce M. Mirat me l’a bien expliqué, les affaires, quelles qu’elles soient, n’ont que l’importance que leur donnent les journalistes. On étouffe un incident, un drame, comme on les grossit à volonté !

— Eh bien ! pensait en lui-même Léon Drapier, on ferait bien de l’étouffer, cette histoire-là !…

Mais ce n’était pas l’avis de sa femme, et Drapier ne pouvait dire à cette dernière les raisons qu’il avait pour désirer que le suicide de Paulette de Valmondois passât inaperçu.

Les deux époux, au surplus, apprenaient à ce moment-là, par Caroline, que le dîner était prêt, et dès lors ils se mettaient à table.

Le couple Drapier bavardait peu en temps ordinaire. Depuis la singulière aventure, depuis le drame à l’issue duquel on avait découvert le cadavre de Firmain, ils échangeaient encore moins de propos.