Léon Drapier ne tenait pas à donner à sa femme des détails sur cette affaire, craignant d’être obligé de lui avouer qu’il avait découché toute la nuit du crime. Quant à M me Drapier, elle conservait au fond de son cœur cette émotion très troublante, la certitude que son mari avait menti à la justice en affirmant qu’il était là, dans sa chambre, à l’heure où, vraisemblablement, Firmain avait été tué, alors qu’en fait M me Drapier savait que son mari n’était pas là.
Lorsqu’ils eurent achevé de dîner, les deux époux ne tardèrent pas à aller se coucher.
Il était à peine huit heures un quart du matin, quelqu’un parlementait à la porte de l’appartement avec Caroline, la cuisinière, qui était restée seule domestique pour le moment chez les Drapier. On n’avait pas encore remplacé le valet de chambre ; quant à la femme de chambre, elle était toujours souffrante.
Au surplus, Caroline n’avait pas grand-chose à faire, d’autant que la tante Denise, douloureusement impressionnée par ce qui s’était passée, était brusquement repartie pour Poitiers, ce qui laissait fort ennuyé Léon Drapier, qui redoutait de perdre l’héritage.
Un homme, dans l’antichambre, sollicitait d’être introduit auprès de M. Drapier.
— Je vous dis, fit Caroline maussade, que monsieur est parti pour son bureau !
Mais l’homme secouait la tête et, esquissant un sourire qui signifiait qu’il en savait long, il rectifia :
— M. Drapier n’est pas parti ! M. Drapier ne partira que tout à l’heure et même arrivera très en retard à son bureau ce matin !
— Ah ! vraiment ! fit Caroline, vous êtes mieux renseigné que personne, vous !
— C’est peut-être mon métier, répliqua l’individu.