— Allez, vermine !… Grouillez, nom d’un chien ! Faut que dans une heure ça soye épluché…

Il occupait les gosses à écosser des petits pois qui étaient livrés ensuite à une fabrique de conserves.

Les pauvres enfants, du matin au soir, devaient travailler. Les inspecteurs de l’Assistance n’avaient évidemment rien à redire à cette besogne qui paraissait douce et bien appropriée à la force des bambins ; ils ne se doutaient pas que ceux-ci y étaient astreints de cinq heures du matin à six heures du soir et que ce perpétuel labeur devenait horriblement fatigant, abêtissant même, pour leur jeunesse privée ainsi de toute récréation.

À l’ordre du père Martin, cependant, tous les petits pupilles s’étaient précipités vers un tas de cosses pleines qui se trouvaient à quelque distance, jetées sur le sol, devant une bassine où l’on mettait les petits pois préparés.

Ils s’agenouillaient dans la boue et travaillaient avec ardeur. Le père Martin approuva d’un signe de tête, redressa d’un coup de pied un gosse qui paraissait ne pas aller assez vite, puis il appelait encore :

— Numéro quatre !

Celui-ci revenait précisément, traînant son seau vide, ayant soigné les lapins.

En s’entendant nommer, instinctivement, il levait son bras à la hauteur de son visage, se gardant bien d’approcher davantage.

— Où est la mère ? demanda le père Martin.

Le gosse, qui tremblait, eut un air d’ignorance.