L’infirmier riait, hochait la tête, il trouvait cela très cruel et plaignait beaucoup M lle  Berthe.

— Tout de même, remarquait-il, il sauve pas mal de monde…

— Oui… concéda M lle  Berthe. À force de bons soins, il remet sur pied les malades. Mais en attendant, il esquinte les bien portants.

Elle se frottait les mains, frissonnait au vent de la matinée, il était tout juste huit heures. Elle ajouta :

— Sur ce, bonsoir ! Si je flâne, moi, je suis sûre de mon paquet…

— Il faut que vous soyez là à la visite ?

— À la visite, non, mais j’ai du service tout de même. Je dois me trouver à la chambre 24, il y a une enquête judiciaire.

M lle  Berthe serrait la main à son compagnon qui continuait à fumer béatement, ne paraissant pas pressé d’aller rejoindre son poste, puis elle s’éloigna.

M lle  Berthe traversait une première cour que l’on appelait dans tout l’hôpital la « Cour des Richards ». C’était là que l’on installait d’ordinaire, dans des pavillons tranquilles, les malades qui n’appartenaient pas directement à la classe pauvre, ceux qui étaient recommandés d’une manière ou d’une autre et qui jouissaient en somme d’un certain confort, se trouvant à l’hôpital dans les conditions où ils se fussent trouvés dans quelque maison de santé normalement payante.

La cour franchie, M lle  Berthe entrait dans un long couloir où les senteurs d’hôpital étaient particulièrement violentes. Ce couloir avait le nom vraiment significatif, dans l’argot des infirmiers, de « Passage des Bourreaux ». Il menait tout bonnement aux cinq salles d’opération de chirurgie mises à la disposition des cinq chirurgiens qui, chaque matin, faisaient les opérations graves, les opérations bénignes étant faites l’après-midi par les chefs de service ou par les internes, qui, de la sorte, étaient libres de s’exercer.