On avait été chercher le pharmacien, qui n’avait rien osé faire. Un médecin avait été prévenu qui, ayant doctement examiné la blessure, avait fini par déclarer qu’il lui était impossible d’apprécier la gravité du mal et que le mieux était de faire transporter Paulette à l’hôpital.

Ce transport avait naturellement été long. Il avait fallu obtenir une ambulance, puis descendre la malade. C’était seulement cinq grandes heures après le drame, évanouie, presque à court de sang, qu’était admise à Lariboisière et, vu son état, installée dans une chambre à part, la malheureuse Paulette.

Tillois avait, le lendemain matin, sondé la blessure, examiné la plaie et hoché la tête d’un air sentencieux.

— Cette femme a de la chance ! murmurait-il à ses internes. La balle a dévié sur une côte et frôlé le poumon. Un peu plus le cœur était atteint et la mort instantanée. Nous allons tenter l’extraction de la balle.

On avait à peine endormi Paulette, car elle était encore si faible que le chloroforme paraissait dangereux, et, toute vive, on l’avait opérée jusqu’au moment où Tillois s’était tranquillement aperçu que la balle n’avait pas dû rester dans les chairs, qu’elle avait traversé la jeune femme de part en part, qu’elle était sortie en frôlant la colonne vertébrale.

Il y avait quelques jours de cela, et Paulette était toujours entre la vie et la mort. Les choses n’en suivaient pas moins leur cours, la jeune femme n’en était pas moins en butte au zèle intéressé des magistrats.

À l’heure où les médecins se résignaient, en somme, à laisser la nature agir, les magistrats accouraient à son chevet, la société déléguait auprès de la moribonde, pour la venger, un juge d’instruction…

Celui-ci continuait :

— À l’heure actuelle, chère madame, nous ne savons pas grand-chose de ce qui s’est passé chez vous. L’enquête a tout juste établi que, le jour du drame, vous avez reçu des visites : celle d’un inconnu, d’abord, celle de votre amant, Léon Drapier, ensuite. Voyons, pouvez-vous me donner le nom de la première personne que vous avez reçue ?

La malheureuse Paulette de Valmondois paraissait, à cet instant, éprouver une nouvelle faiblesse. L’effort qu’elle faisait pour comprendre les paroles du magistrat lui coûtait évidemment horriblement. Elle avait grand peine à le suivre dans ses déductions, et pourtant elle voulait parler…