Radrap, d’un pas saccadé, d’un pas qui visait à être le pas militaire et qu’un maudit rhumatisme pris dans les tranchées de Sébastopol faisait tout de même hésitant, longeait la chambre, avançait vers la porte. Il crut entendre derrière lui comme un murmure.
— Pas d’attendrissement, fit-il. On fait son devoir. Et c’est pour Lui !
Puis, la gaieté lui revenait, cette gaieté gavroche des soldats qui plaisantent au moment d’aller au feu.
— Ah, on leur montrera, aux embusqués de la place, de quel bois ils sont faits, les invalides !
Et son ricanement trahissait la douleur qu’il éprouvait d’être vieux.
Le long des couloirs alors des groupes cheminèrent, silencieux. On exécutait fidèlement les ordres du vieillard. On les exécutait avec zèle, avec précaution aussi, car les missions données n’étaient pas sans péril.
Les Invalides ne sont pas, en effet, exclusivement affectés aux vieux braves. Dans les énormes bâtiments du palais, une sorte de caserne existe, occupée par tous les bureaux de l’administration, cependant que de merveilleux appartements sont réservés aux généraux de la place de Paris, aux officiers supérieurs attachés à l’administration.
Les sentinelles, de jeunes soldats, ceux-là, étaient de faction un peu partout. Il convenait de les éviter.
Les invalides ne les aimaient guère, il y avait rivalité entre eux, trop de gloire d’un côté, trop de jeunesse de l’autre.
— Les vieux bonshommes ! disaient les jeunes soldats.