Ses doigts noueux, qui tout à l’heure encore tremblaient, avaient en réalité brusquement retrouvé une souplesse extraordinaire. Sa voix ne chevrotait plus d’ailleurs, tandis qu’il se courbait en révérences.
— Ah, merci bien ! disait-il, tu es bien toujours le même… Merci, merci… Je ne savais pas que c’était des amis, vois-tu, sans quoi… Mais ça n’as pas d’importance, je ne sais rien, ah non, je ne sais rien, je ne saurai jamais rien !
Et il s’éloignait, traînait ses galoches, en multipliant les courbettes.
Fantômas, cependant, avait tiré de sa poche un portefeuille et il étalait sur sa table, devant lui, un grand papier qu’il consultait du regard.
— Voici, déclara le bandit, je paye.
Et comme un frémissement semblait galvaniser tous les apaches réunis dans le bouge, Fantômas poursuivait avec sa coutumière tranquillité :
— Les comptes ne sont pas compliqués, d’ailleurs. À chacun selon son dû. Les femmes ont droit à dix louis, sauf la Puce qui a fait le guet aux Invalides et qui aura pour cela une gratification de cinq louis supplémentaires… Œil-de-Bœuf et Bec-de-Gaz ont à peine travaillé, voilà quinze louis pour eux. Dégueulasse et Fumier ont fait merveille, cinquante louis… Je tiens à récompenser Ma-Pomme qui, récemment, s’est distingué, lui aussi, vingt louis pour lui… Je ne dois plus rien. Mais…
À l’instant où Fantômas avait dit : « Je ne dois plus rien », des sourcils s’étaient froncés. On escomptait plus, on trouvait qu’il était chiche.
Or, Fantômas ne laissait pas le temps au mécontentement de s’exprimer. Il tirait du coffret qu’il avait placé devant lui une nouvelle poignée de pièces d’or, il ajoutait :
— Mais, les comptes faits, je tiens à ce que vous soyez, les uns et les autres, sages… Je ne veux pas d’aventures en ce moment. Voilà de l’argent pour que vous soyez tranquilles, prenez !