Et alors, dans l’étroite guinguette, ce fut un spectacle fantastique. L’un après l’autre, Fantômas appelait les apaches, il prenait alors dans sa cassette, par poignées, des louis d’or de vingt francs. Il les remettait sans compter à ses complices.
— Empoche, toi, va-t’en !
Et ce fut, dans la pièce sombre, comme un rutilement extraordinaire, comme une débauche d’or…
Des louis tombaient à terre, avec un tintement joyeux. Ils roulaient sur le sol et les misérables, éblouis, les mains pleines, dédaignaient, avec des airs de grands seigneurs, de les ramasser.
— Ça s’ra pour l’garçon, disait Marie-Salope qui enfouissait sa part dans ses bas.
Ils avaient tous à ce moment les poches pleines, ils se regardaient avec des airs béats, rêvant déjà des noces prochaines, des saouleries certaines qu’ils allaient assurément s’octroyer, des caprices qu’ils se passeraient.
Précisément, le patron du cabaret rentrait. Il connaissait évidemment Fantômas, mais Fantômas à coup sûr, désireux de se ménager ses faveurs, de s’assurer aussi de sa discrétion, l’avait royalement payé. Le bonhomme qui avait peut-être, lui aussi, ses raisons d’être aimable, reparaissait, portant trois bouteilles pleines d’absinthe.
— Voilà, voilà, commençait-il, j’en ai retrouvé !…
Il n’avait pas posé les litres sur la table que tous se bousculaient vers eux…
— Ah ! ça, c’est fameux, par exemple, grommelait Œil-de-Bœuf. Quelle biture qu’on va s’envoyer !