Mais Fantômas intervenait encore :

— Halte ! leur ordonnait le bandit.

Et comme un piqueur qui, brandissant son fouet, arrête la meute aboyante à l’heure de la curée, Fantômas, le bras tendu, immobilisait ses compagnons.

— Pas un de vous ne boira ici ! ordonnait-il. Ma parole, si je vous laissais faire, vous seriez gris dans cinq minutes et bavards dans une heure… Dehors, vous tous, je ne veux même pas que vous rentriez ensemble… Allez, les uns à droite, les autres à gauche. Vous vous saoulerez ce soir s’il vous plaît, brutes que vous êtes, mais vous le ferez quand vous serez loin et quand vous ne pourrez pas me compromettre…

Il y eut de sourds grognements, des jurons étouffés, des protestations coléreuses.

C’était assommant, à la fin, avec Fantômas, c’était pire que dans un couvent ! On ne pouvait pas seulement bosser un quart d’heure tranquille… On avait la langue d’amadou, et il vous empêchait d’licher ! C’était pas Dieu possible !

Mais tout cela se disait à voix basse, sournoisement. Nul n’eût osé braver le Maître en face, nul n’eût osé lui désobéir.

Le regard de Fantômas, d’ailleurs, ne permettait pas aux autres de le fixer.

La force du bandit, la mystérieuse autorité qu’il exerçait si facilement, l’ascendant irrésistible qu’il prenait sur tous résidait peut-être même en ce regard, ce regard extraordinaire, perçant, volontaire, qui n’autorisait aucune discussion, qui forçait tous les yeux à se baisser.

— Dehors ! répétait Fantômas. Allez vous-en !