Ils partirent les uns après les autres. Dégueulasse et Fumier se hâtaient vers la gare, avides de retourner à Paris où ils iraient tout de suite s’enfermer dans un caveau des Halles pour tirer une bordée colossale.

Œil-de-Bœuf et Bec-de-Gaz, eux, décidaient tout d’abord d’aller danser un peu dans un des bals de l’endroit. Cela n’empêchait pas, parbleu, de vider trois ou quatre bouteilles ; ils emmenaient Marie-Salope et Adèle.

Sans mot dire, la Puce et Mon-Gnasse descendirent vers le tramway qui se dirigeait vers Montrouge.

Pour Fantômas, il sortait le dernier, s’enfonçait dans les bois. Il avait murmuré deux mots à l’oreille du patron du bouge, et celui-ci, resté seul, à genoux, riant d’aise, promenait désormais dans la salle ses mains crochues, repêchant de temps à autre, enfoui dans les détritus, un louis d’or dont il éprouvait l’authenticité en le mâchant immédiatement du bout des dents !

Deux heures plus tard, la Puce et Mon-Gnasse se trouvaient sur les boulevards extérieurs à la hauteur des Entrepôts, au coin de la rue de Flandre, tout juste à l’endroit où se tenait une fête foraine dont les orgues et les chevaux de bois causaient un véritable tintamarre.

La Puce était grise et Mon-Gnasse était amoureux.

— T’es rien gironde, ma poule, disait tendrement l’apache à sa maîtresse. Ah ! c’est pas pour dire, mais dans Pantruche, y en a pas beaucoup encore qui te f’raient la l’çon…

Ils allaient de baraque en baraque. L’or qui tintait dans leurs poches semblait les embarrasser, il les grisait au moins autant que les liqueurs qu’ils avaient absorbées. La Puce voulait tout voir ; elle avait fait six tours de chevaux de bois, elle avait tiré à la carabine, elle était entrée, poussant des éclats de rire énervants, dans une baraque où l’on admirait la femme chameau. De là, elle s’était précipitée dans une boutique de charcuterie, où, sur un pari de Mon-Gnasse, elle avait avalé du boudin cru. Par là-dessus, elle avait d’ailleurs dévalisé un marchand de pain d’épices, et son corsage s’ornait de quatre cochons roses sur lesquels le prénom de Mon-Gnasse avait été dessiné avec du sucre fondu.

— Ah ! c’que c’est chouette !… Ah ! c’que c’est bath !… C’qu’on rigole !…

La Puce dansait le cancan, cependant que Mon-Gnasse, qui avait le vin sentimental, s’arrêtait à tout bout de champ pour l’embrasser et pour lui proposer de l’épouser.