M. Havard, cependant, s’était élancé au-devant de ses visiteurs. Il multipliait les courbettes, avançait des chaises, distribuait à tout propos, et par moments hors de propos, de pompeuses appellations.

— Mais oui, monsieur le ministre… Mais certainement, monsieur le ministre… Que monsieur le ministre veuille bien faire attention…

Il avait tout le zèle d’un fonctionnaire dont le mérite n’aurait aucune valeur s’il ne pouvait pas s’appuyer sur un peu de faveur personnelle.

Les trois visiteurs, cependant, avaient, d’un même coup d’œil dévisagé Juve qui s’était simplement incliné à leur entrée.

Le ministre de la Justice ne connaissait pas le policier. Il en était de même pour le ministre des Finances. Tout au contraire, le ministre de l’intérieur marcha cordialement vers lui, lui tendant la main avec une simplicité qui n’était pas sans grâce.

— Tiens, voilà Juve ! faisait-il. Enchanté de vous voir… Vous allez travailler avec nous ?

Le policier, nullement troublé par la familiarité du ministre, ce qui d’ailleurs stupéfiait M. Havard, qui se sentait, lui, beaucoup moins à l’aise, consulta tranquillement sa montre.

— Messieurs, déclarait-il, je puis facilement vous consacrer trois quarts d’heure. Mais à onze heures, il faudra que je vous quitte. Je suis convoqué pour l’instruction, je dois aller assister à un interrogatoire… pardon, à une déposition de M. Léon Drapier !

Alors le ministre de l’intérieur se tourna vers M. Havard :

— Eh bien, faisait-il, puisque Juve est pressé et que nous-même nous n’avons pas grand temps, procédons immédiatement.