— Avouer quoi ? demandait-il. Qu’on a fait un gueul’ton soigné ? Ça, j’veux bien, quand c’est que l’gouvernement raque, il n’est pas trop raleux, mais c’est tout c’que j’peux avouer…

Et, se frappant sur la poitrine, Mon-Gnasse continuait :

— On est des innocents, nous autres… des anges du paradis… des Jésus… On n’a rien sur la conscience… C’est-y pas vrai, d’abord, la Puce ?

— Sûr et certain ! confirma la Puce.

— Même, ajoutait Mon-Gnasse, qu’on s’en allait pour une nuit d’amour, lorsque les cognes nous ont fait bons… Rapport à quoi ? on n’sait pas !

Puis Mon-Gnasse se montait, la colère semblait le reprendre :

— Et d’ailleurs, achevait-il, ça s’passera pas comme ça !… Si c’est qu’on n’nous rend pas à nos familles, qui sont sans doute dans les larmes, on va faire du raffut !… Tiens, mais des fois, on est en République, aussi !… Pourquoi qu’on nous poisse quand on n’a rien fait ? J’écrirai au Miniss !

Juve, qui n’avait rien dit, se leva brusquement :

— Ah ! tu veux écrire au ministre ! faisait-il, tutoyant Mon-Gnasse avec l’autorité et le sang-froid d’un homme qui en a vu de plus rebelles et de plus durs… Eh bien, mon petit, ce n’est pas la peine de te gêner. Allez, vas-y, parle !… Voilà précisément le ministre de l’intérieur, le ministre de la Justice et le ministre des Finances !

Or, à ces mots, Mon-Gnasse, stupéfait, reculait. Brusquement, il se sentait mal à l’aise. C’était d’une voix beaucoup moins assurée qu’il rétorquait à Juve :