M. Valleret déposa son dossier sur le bureau du directeur. Il l’ouvrit lentement, puis, mouillant son doigt, se mit à tourner des pages et des pages sur lesquelles figuraient d’interminables colonnes de chiffres.

Quelques secondes, Léon Drapier le regardait faire, puis, impatienté, nerveux, il interrogea :

— Voyons, de quoi s’agit-il, monsieur Valleret ?

— De la balance de l’enquête, monsieur le directeur !

— Eh bien, quoi, la balance ? Qu’est-ce qui se passe ?

— Il se passe, monsieur le directeur, que je ne suis pas d’accord avec le trésorier.

— Allons, donc ! À quel point de vue ?

M. Valleret prit un temps pour répondre. Au fond, il était très satisfait d’avoir quelque chose d’important à signaler à M. le directeur. Il semblait que cela le rehaussait dans l’esprit de son chef, et que désormais il allait être dépositaire d’un de ces graves secrets comme il en est parfois dans les administrations et que tout le monde connaît dans les bureaux au bout de cinq minutes.

— Monsieur le directeur, commença-t-il, mon service, ainsi que vous ne l’ignorez pas, est chargé d’établir chaque jour au point de vue comptable, et d’après les états fournis quotidiennement par les ateliers de fabrication, le montant de l’encaisse or et argent. Je ne m’occupe point du bronze, qui doit figurer à la trésorerie. Voilà douze ans que j’appartiens à l’administration, et pendant douze ans nous avons toujours été d’accord, M. le trésorier et moi. Mais, hélas ! les meilleures choses ont une fin, comme dit le proverbe…

Léon Drapier s’exaspérait, il frappa du poing sur son bureau.