Son passage, d’ailleurs, si furtif qu’il fût, éveillait les pauvres misérables qui dormaient là. Ceux que la misère talonne, ceux que la faim poursuit connaissent tant de malheurs, vivent tant d’inquiétudes qu’ils n’ont en général même pas le bonheur d’un sommeil complet et définitif. Ils dorment d’un œil, et sont prêts à l’alerte, car les dangers de la vie, de leur vie errante, les tiennent toujours en éveil.

On s’inquiétait donc du passage d’un inconnu. Des têtes effarées surgissaient.

Qui se promenait à pareille heure ?

Et comme un mot d’ordre, tous les frères de la berge échangeaient un avertissement :

— La rousse !…

À ce moment, l’homme qui suivait les quais et tentait de s’évader eut un brusque froncement de sourcils, s’arrêtant net d’avancer :

— Oh ! oh ! murmurait-il, cela se gâte !…

Il venait d’apercevoir, à une cinquantaine de mètres devant lui, une dizaine d’ombres qui, marchant en ligne déployée en éventail, avançaient à grands pas.

— La retraite coupée ! pensa l’inconnu.

Il ne pouvait pas se tromper, en effet, à ce qu’il voyait, c’était bien les agents qui arrivaient, les agents qui commençaient la rafle…