Juve, toutefois, n’était pas très inquiet à leur sujet.
Il savait fort bien, en effet, que les arrestations opérées cette nuit-là au cours de la rafle ne seraient probablement pas maintenues. Les arrestations coûtent cher ; un homme en prison, c’est une bouche à nourrir !
Juve, maintes fois, avait réfléchi à ce terrible problème qui fait que la police relâche soixante-cinq pour cent de ceux qu’elle arrête, et cela pour ne pas grever le budget déjà si lourd des prisons d’Etat…
Or, à l’instant où Juve réfléchissait de la sorte, les misérables qui l’entouraient continuaient à s’agiter. Ils allaient et venaient dans la caverne, ils paraissaient nerveux au possible, et ils décrochaient les armes qui pendaient au mur. Ils glissaient des cartouches dans le tonnerre de leur revolver…
Juve assistait à tous ces préparatifs, se demandant un peu ce que ces gens-là comptaient faire.
Assurément, leur repaire, l’Enfer, n’était pas connu des autorités policières ! Sans Bouzille, Juve ne l’aurait jamais découvert. Il n’avait donc qu’à rester bien tranquille, à attendre les événements.
Mais Juve raisonnait ainsi parce qu’il estimait que, sans doute, la balle qui avait passé à travers la porte grillée était une balle perdue, une balle qui avait ricoché, manqué son but, et qu’à coup sûr on n’allait pas donner l’assaut à l’extraordinaire souterrain.
Or, comme Juve raisonnait ainsi, brusquement, des exclamations retentissaient à côté de lui. Deux Grouilleurs accouraient. L’un était un tout jeune homme qui pouvait compter tout juste dix-huit ans, dont le visage émacié semblait perpétuellement flamber dans une terrible fièvre. L’autre était un homme d’une quarantaine d’années, la figure surprenante, un étranger, sans doute.
Tous deux crièrent en arrivant à la hauteur de Juve :
— La paix ! vous autres, et qu’on rapplique !…