Désormais, tout au contraire, il était évident qu’il allait lui falloir être d’une habileté consommée pour duper ceux qui prétendaient être ses élèves.
Juve, qui se souvenait en effet du père Grelot, l’ingénieux professeur de vol que Fandor avait quelque temps fréquenté, songeait qu’il est fort difficile d’enseigner l’art de dépouiller son prochain. Sa maladresse pouvait éclater, devait éclater même. Devait-il en courir le risque ?
Juve hésitait, mais n’hésitait pas longtemps.
Il y a des moments dans la vie où la pensée se trouve douée d’une activité formidable et quelque peu prodigieuse.
Alors les événements les plus complexes, les raisonnements les plus délicats s’évoquent avec une rapidité folle.
Juve vivait une de ces heures où il faut et où l’on peut penser vite.
Tandis que le chef des Grouilleurs attendait sa décision avec une anxiété qui n’était pas feinte, car le misérable estimait que son fils, dressé par le Roi des voleurs, arriverait rapidement à la fortune, Juve réfléchit, calcula, songea.
Et certainement le policier inventait alors quelque chose d’extraordinaire, de stupéfiant.
À mi-voix, suivant son habitude, Juve grommelait en effet :
— Donner une leçon de vol, mon Dieu, j’en suis incapable !… En prendre une, tout au contraire, cela pourrait m’être fort utile !… D’autant plus que, demain, je pourrais bien avoir besoin de savoir voler !