Un instant, M. Léon Drapier et sa femme se trouvèrent seuls dans la chambre.

Léon Drapier offrit son bras.

— Viens, Eugénie, dit-il, ne reste pas là, rentre dans les appartements et prends un peu de repos !

La malheureuse femme obéissait machinalement. Elle se laissa reconduire par son mari.

Celui-ci l’obligeait à s’étendre sur son lit, il l’embrassa au front et, comme Eugénie Drapier fermait les yeux, Léon Drapier déclara, se méprenant sur ce mouvement instinctif :

— Vous êtes fatiguée ? Dormez un peu !

Puis il se retira…

Mais à peine était-il parti qu’Eugénie Drapier se redressait brusquement.

Elle comprima son front de ses deux mains tremblantes, et de sa poitrine oppressée sortirent ces mots hallucinants :

— Mon Dieu ! Mon Dieu ! Quel rôle a-t-il joué dans cette affaire ? Pourquoi donc Léon a-t-il menti ?… Car il a menti !… menti !… menti !… Il a dit au commissaire qu’il avait passé la nuit dans sa chambre et ce n’est pas vrai, puisque sa chambre était vide quand j’y suis allée ! Il a montré son lit défait pour prouver qu’il y avait couché. Or, c’est moi qui ai défait ses couvertures ! moi qui ai froissé son oreiller ! Mon Dieu, mon Dieu, qu’a donc fait Léon et pourquoi cet effroyable mensonge ?