III
Devoir filial
Tandis que ces événements tragiques se passaient à Paris et commençaient à faire naître dans la capitale un scandale qui devait aller en croissant chaque jour, que devenaient Juve et Fandor ?
Que devenait également Fantômas, le sinistre et effroyable bandit qui n’avait pas craint, raillant les choses les plus sacrées, se moquant des sentiments les plus respectables, d’abuser la malheureuse M me Rambert, de se faire passer pour son mari, de prendre à son foyer la place du mort, de ce malheureux M. Eair disparu en Hollande, tué par lui après avoir déjà ruiné sa vie ?
À la vérité, la situation était tragique. Voyant Fantômas en face de lui, Fandor, une seconde, avait été sur le point de se lancer en avant, de l’agripper au collet, de le maîtriser de force. Depuis tant d’années, en effet, Fandor luttait contre le bandit, depuis tant d’années il avait à souffrir des sinistres audaces du malfaiteur, qu’il eût éprouvé comme une joie débordante à se mesurer enfin avec lui, à pouvoir enfin, face à face, lutter contre lui jusqu’à la mort.
Fantômas, c’était le Génie du crime dont l’influence néfaste avait ruiné sa vie !…
Fantômas était celui qui avait bouleversé le foyer de ses parents. C’était le monstre qui, se traçant une route triomphale malgré le sang, la douleur et les larmes de ses victimes, n’avait jamais reculé devant aucune atrocité !
Fantômas, c’était le légendaire assassin. C’était le Roi de l’épouvante, le Maître de l’effroi, c’était le Crime en personne… C’était encore le ravisseur d’Hélène !
Les sentiments les plus divers se mêlaient en effet dans le cœur de Fandor pour lui inspirer une haine toujours grandissante, toujours plus justifiée aussi, du détestable meurtrier.
Ah ! Fantômas n’était pas seulement l’homme qui avait ruiné sa vie passée, c’était encore et surtout, aux yeux de Fandor, l’insaisissable ennemi qui menaçait son avenir, celui-là qui le séparait d’Hélène, celui-là qui, fort de son audace et bravant les lois pour ne suivre que les caprices de sa volonté, osait considérer Hélène comme sa fille et lui interdisait d’aimer le journaliste, de l’épouser, de vivre avec lui !