Tout cela faisait que, frémissant, à l’instant où Fantômas apparaissait au chevet de sa mère, de la pauvre M me  Rambert qui le prenait pour son mari, Fandor ressentait, au fond de son cœur, comme un douloureux tressaillement fait de joie et d’épouvante.

Il s’épouvantait en effet de voir Fantômas, mais il s’en réjouissait en même temps.

Il allait lutter !…

La force jugerait entre eux et déciderait du triomphateur, car l’un des deux hommes ne sortirait pas vivant de cette chambre où le hasard les enfermait face à face.

À l’instant où Fandor allait s’élancer sur cet ennemi mortel, une réflexion l’immobilisait, l’arrêtait net, le forçait à demeurer impassible.

Jérôme Fandor crut entendre résonner dans sa tête, avec le lugubre tintement d’un glas, les dernières paroles que le médecin avait prononcées relativement à M me  Rambert :

— Surtout, avait recommandé le praticien, épargnez-lui toute émotion. Une grande joie ou une grande douleur seraient capables de la tuer, et si la mort ne faisait pas son œuvre, il y aurait à craindre pour la raison de cette malheureuse, ébranlée si terriblement déjà par les horreurs de la vie…

Fandor, songeant à cela, se tut. Le devoir filial lui commandait de demeurer immobile. Il ne pouvait pas, prévenu comme il l’était, s’exposer à tuer sa mère du même coup de poignard dont il rêvait d’abattre Fantômas !…

Et certes, il était évident que la pauvre M me  Rambert ne résisterait pas à la terrible secousse morale qui résulterait pour elle d’une lutte entre son fils et celui qu’elle croyait être son mari.

Fantômas était entre le lit de la vieille femme et Fandor. Le jeune homme, un instant, cessant de fixer le bandit, aperçut le pâle visage de sa mère, si blême sur les oreillers, que sa pâleur avait quelque chose d’effroyable. Il vit surtout, répandu sur le visage de M me  Rambert, comme une extraordinaire expression de joie.