La pauvre femme, à ce moment, se trompant sur la qualité de Fantômas, devait goûter une véritable félicité en imaginant qu’enfin elle voyait réunis ceux qu’elle avait cru perdus pour toujours, ceux qu’elle chérissait entre tous, son mari et son fils.

— Je n’ai pas le droit de la détromper ! songea Fandor.

Il se répéta plus bas :

— Ce serait un assassinat !

Et, se maîtrisant lui-même, donnant une preuve merveilleuse de l’autorité suprême qu’il possédait sur ses nerfs, Jérôme Fandor demeurait immobile ! Jérôme Fandor adressait un sourire à Fantômas !…

Et, alors, d’une voix basse, d’une voix douloureuse, d’une voix que torturait la rage contenue, la haine déguisée, il saluait le bandit :

— Bonjour, papa…

À l’instant où Fandor cependant se décidait ainsi, par devoir filial, à ne point démasquer Fantômas, quelles étaient les secrètes pensées du Maître de l’effroi ?

Certes, si Fandor venait de soutenir avec lui-même un combat moral formidable, certes, s’il avait dû faire appel à toute sa volonté pour ne point se jeter sur le misérable, Fantômas, lui aussi, devait terriblement lutter avec lui-même pour ne point s’élancer sur Jérôme Fandor.

C’était en effet une chose curieuse. Si Jérôme Fandor haïssait Fantômas en raison du mal que celui-ci lui avait fait, Fantômas haïssait le jeune homme en raison du mal qu’il désirait lui faire !