Pas une seconde !
LISE
Tu n’as aucun regret de ta vie mondaine ?
RENÉ
Pas le moindre !… Vois ! Je n’éprouve même pas le besoin de m’habiller. Je passe ma vie en chemise de nuit et en tennis !
LISE
Et tu ne désires voir personne ?
RENÉ
Non. Les châtelains des alentours m’ont fait des avances, j’aurais pu m’enrôler dans la meilleure société ; déjà, on m’appelait « Monsieur de Tournelle », on m’anoblissait ; si j’avais donné deux chandeliers à l’église, j’étais définitivement considéré comme une personne bien pensante. J’ai préféré me retirer à l’écart, avec mon bonheur… Le mois prochain peut-être, ou le suivant, nous rentrerons dans la vie, et nous commencerons à nous préoccuper des autres, à faire, pour leur plaire, une foule de choses ennuyeuses : à dîner en ville, à jouer au bridge, à tremper des tziganes dans une tasse de thé ; mais nous penserons que, durant six mois, nous avons habité le merveilleux pays de solitude où l’on ne cultive que la fleur d’amour.
LISE