XXIX
UN COMITÉ DE LECTURE

On dit que la foi soulève les montagnes.

Bien que cette assertion n'ait encore, — que je sache, — été contrôlée par aucun ingénieur, l'axiome est vrai dans une certaine mesure.

A force de persévérance, Athanase en était arrivé à se faire refuser partout. Vous riez? N'obtient pas qui veut un refus en règle.

Surtout au Théâtre des Traditions-Classiques!

Le Théâtre des Traditions-Classiques avait à cette époque, — espérons qu'il se sera modifié depuis, — une position privilégiée dont il usait de la plus singulière façon. Pour honorer les morts, il aurait volontiers fait mourir les vivants de faim. On citait tant et tant d'actes de rigueur commis par lui au nom du culte des souvenirs, qu'être repoussé par le comité de lecture attaché à l'établissement avait presque fini par devenir un titre pour un écrivain.

Car il y avait un comité de lecture au Théâtre des Traditions-Classiques, un comité de lecture composé des artistes de la maison.

Des esprits chagrins trouvaient même cette organisation défectueuse, et s'étaient permis d'en exprimer tout haut leur opinion.

Ils prétendaient que, sans nul doute, messieurs les comédiens de cette scène exceptionnelle étaient tous de fort galants hommes, doués d'un talent qui ne descendait jamais au-dessous de température moyenne, et pouvait s'élever, — une fois ou deux par siècle, — jusqu'aux 100 degrés du génie.

Mais, ajoutaient-ils, faire des gens de lettres les justiciables des acteurs, n'est-ce point intervertir l'ordre des gradations en même temps qu'exposer ceux-ci à des erreurs nécessaires?