— De rien ; — mais je vous assure que vous avez tort de ne pas embrasser les grimes.
XIII
UNE ÉLÈVE DU CONSERVATOIRE
Eulalie était élève du Conservatoire.
Née de parents fruitiers, mais honnêtes, elle avait passé les belles années de son enfance à écosser des pois, jusqu'au jour où, l'enfance étant devenue adolescence, un professeur de cet établissement, client de la boutique paternelle, fut frappé à la fois de ce qu'il eut l'indulgence d'appeler sa beauté et sa jolie voix.
Pour la beauté, un nez légèrement retroussé, — il les aimait comme ça, le digne homme! — et une paire d'yeux largement fendus avaient suffi à son enthousiasme.
Quant à la voix, après avoir entendu la petite fredonner sans fausse note un refrain de romance populaire, il avait déclaré sans hésiter qu'une grande artiste était née.
Que voulez-vous? c'était sa marotte à ce professeur! Il avait — comme beaucoup de ses collègues — la manie d'inventer des étoiles.
Dans les rues, dans les maisons, en voyage, partout où il entendait un son poussé par un gosier humain il prêtait l'oreille avec une scrupuleuse attention et au moins cinq fois sur dix assurait qu'il venait de découvrir un ténor superbe, une basse magnifique ou un soprano hors ligne.
Il avait ainsi embrigadé dans sa carrière plusieurs douzaines de génies musicaux arrachés à des professions que plus d'un devait regretter ensuite.
Eulalie se trouva du nombre des embrigadées.