Puis — comme l'habitude de manger est une première nature — il avait fallu accepter, au lieu du Grand-Opéra rêvé, les épreuves du cabotinage de province.

La filière est la même pour tous les accessits, qu'ils soient décernés au nom du chant, du drame ou de la comédie.

O déchéance!

La voilà donc cette vie ambitionnée! S'étioler dans un petit coin, user sa mémoire à un travail forcé, arriver pédestrement dans un théâtre borgne, gravir un escalier boueux, entrer dans une loge aux murs suintants, se déshabiller et s'habiller en grelottant, entrer en scène en tremblant, jouer avec des mâchoires devant des Béotiens dont les sifflets humilient sans que leurs bravos réjouissent, regagner la loge humide, grelotter de nouveau pour dépouiller les oripeaux, redescendre l'escalier toujours boueux, traverser les rues désertes et rentrer au gîte seule ou dans quelle compagnie!…

La voilà donc cette vie ambitionnée.

Oh comme Eulalie aurait bien voulu n'avoir jamais été élève du Conservatoire!

XIV
INTÉRIEUR D'ACTRICE

La dugazon languissait ainsi à Gérizy, quand celui que la prose du Phare dramatique appelait notre éminent Cramoizin, obtint, — grâce à des protections, — un emploi de demi-comparse au Théâtre de la Croix-de-ma-mère.

Être éminent et avoir des protections pour en arriver à une position sociale qui vous permette de dire dans le cours d'une soirée trois phrases et demie dans le genre de :

« Madame la duchesse, votre fête est charmante. »