[9] Bacon De augmentis, livre VIII, ch. 2.

[10] Bacon, Essays, édition Spedding. t. VI, page 379.

[11] On en trouvera dans l'ouvrage de Miss Grace Norton, the Spirit of Montaigne.


CHAPITRE II

Influence de Montaigne sur les Essais de Bacon[12]

Dans presque tous les ouvrages de Bacon, à des degrés différents et sous des formes diverses, on retrouve des soucis de moraliste: il est bien par là et de son pays et de son temps. Mais l'ouvrage où se montre le mieux en lui le moraliste, c'est assurément son recueil d'Essais. Aussi est-ce dans ce recueil que, comme il était naturel, les commentateurs ont recherché surtout l'influence de Montaigne. Je crois qu'ils ont eu le tort de ne pas s'occuper assez des dates et que leurs conclusions en ont été faussées.

La première édition des Essais de Bacon a été publiée en 1597. Mais dans deux des éditions postérieures, données en 1612 et en 1625, Bacon les a considérablement modifiés et augmentés. En volume, les premiers Essais représentent à peine la douzième partie des derniers. Vingt-huit années séparent la première œuvre des dernières additions, et ce sont vingt-huit années d'une extraordinaire activité tant dans la vie politique que dans la contemplation scientifique. Il est trop clair qu'il serait artificiel de considérer d'ensemble, comme si elles formaient un bloc, ainsi qu'on l'a fait jusqu'à présent, des idées qui ont jailli à des époques si différentes, et qui ont été inspirées par des circonstances si variées. Nous nous priverions ainsi du moyen d'étude le plus précieux, celui qui peut nous donner les résultats les plus exacts. Il nous faut donc chercher, dans chacune des trois éditions successivement, si l'influence de Montaigne y est sensible.

I.—Prenons d'abord la première édition, celle de 1597: avant de l'ouvrir, nous sommes frappés par le titre Les Essais de Francis Bacon. Voilà qui nous enseigne que certainement il avait déjà lu les Essais de Michel de Montaigne; cette lecture même l'a probablement frappé puisqu'il en accepte ainsi le patronage, et, à priori, nous sommes disposés à penser qu'il a beaucoup pris à l'ouvrage français.