Quant au bâtiment principal où vivaient les soeurs et leurs élèves, il avait subi de nombreuses transformations sous lesquelles, à la longue, le premier corps de logis avait presque entièrement disparu.
C'était maintenant un monument bâtard, de style confus, qui ne s'imposait au regard que par sa masse remarquable, et à l'esprit, par le silence mystérieux qui régnait incessamment alentour.
Un vaste jardin potager se développait à droite et à gauche, et le tout était entouré par un mur de quatre mètres de hauteur, qui isolait l'habitation du bruit et du mouvement de la capitale.
Une véritable oasis, dont aucun étranger n'était admis à troubler le recueillement et la paix!
La chapelle seule s'ouvrait à tout pieux visiteur, et ce n'est qu'à certain jour de la semaine, pendant une heure seulement, que les parents des jeunes pensionnaires étaient autorisés à venir voir leurs enfants.
Au surplus, pour tout dire, le couvent de Sainte-Marthe n'était pas soumis aux règles rigoureuses que l'on observe dans les autres maisons du même genre.
Là, par exception, le parloir n'était point grillé; les jeunes filles y pouvaient causer avec leurs parents et leurs amies, sous la seule surveillance d'une soeur, et elles jouissaient durant les récréations, d'une liberté sur laquelle ne s'exerçait qu'un contrôle bienveillant.
La vie y était donc relativement agréable et différait peu de celle qu'on mène dans les pensionnats laïques. Quelques âmes y pouvaient trouver de plus la satisfaction de ces aspirations mystiques que la monotonie même d'une pareille existence développe parfois jusqu'à l'exaltation.
Nous disions plus haut que le couvent de Sainte-Marthe était une véritable oasis incessamment entourée de recueillement et de paix.
Cependant, trois fois par jour, le matin, l'après-midi et le soir, le jardin s'emplissait tout à coup de mouvement et de bruit, et durant une heure, l'enclos, d'ordinaire taciturne, s'égayait de caquetage, de cris et de rires.