C'était aux heures de récréation.
Trente jeunes filles s'échappaient de la maison principale, comme des oiseaux s'échapperaient d'une volière, et elles se répandaient dans la partie du jardin qui leur était réservée, avides de liberté, buvant l'air à pleins poumons, donnant la volée à tous les sentiments contenus dans leur coeur oppressé.
Alors, des groupes sympathiques se formaient. On se prenait par le bras, on allait, on venait à travers l'enclos, et l'on se chuchotait à l'oreille sous les charmilles des mots qu'on ne voulait pas laisser surprendre ou des noms qu'on osait à peine prononcer.
Timidités charmantes, expansions effarouchées de coeurs qui s'ignorent, exquises pudeurs derrière lesquelles hésitent encore et se voilent les premiers et les plus doux aveux.
On comprend, sans qu'il soit besoin d'y insister, que parmi cette réunion de jeunes filles appartenant à des familles riches ou titrées, et que le monde attendait au sortir du couvent, il devait régner une incessante fermentation d'impatience qui se traduisait, selon la nature de chacune d'elles, par des manifestations qui n'étaient pas toujours parfaitement correctes.
Quelques-unes restaient bien soumises et dociles, mais la plupart supportaient difficilement la règle de discipline à laquelle elles étaient astreintes, et cherchaient avidement des sujets de distraction jusque dans les faits les plus insignifiants.
Parmi celles-ci, il y en avait une surtout qui s'était toujours montrée réfractaire aux remontrances dont elle était souvent l'objet.
C'était Mariette Duparc, la petite cousine de Maxime: une enfant.
Elle avait dix-sept ans; elle était jolie comme un ange, et la nature l'avait douée d'un coeur d'or.
Celle-là ne dissimulait rien, par exemple.