Deux sentiments devaient la préserver de toute science précoce et funeste:
Le premier, c'était la reconnaissance profonde qu'elle ressentait pour son cousin, lequel s'était montré si affectueux et si tendre.
Elle l'aima longtemps, comme elle eût aimé un frère aîné, et lui voua un dévouement sans bornes.
Elle n'avait, d'ailleurs, aucune raison pour cacher ce qu'elle éprouvait, et elle le lui écrivit souvent dans de longues lettres attendries.
Mais, chose bien naturelle, à mesure qu'elle avançait en âge, ses lettres devinrent plus sérieuses; l'affection qu'elle voulait exprimer emprunta un langage plus grave, et à plusieurs reprises, peut-être eût-il été facile d'y démêler la naissance d'un sentiment confus encore, où la reconnaissance ne tenait plus la première place.
Vers cette époque, un fait se produisit qui allait modifier très sensiblement l'état de son esprit et celui de son coeur.
Deux jeunes filles furent un après-midi amenées à Sainte-Marthe, et dès le premier jour, Mariette se sentit prise d'un penchant très vif pour l'une des deux pensionnaires.
Elle s'appelait mademoiselle Edmée de Beaufort-Wilson.
La loi des contrastes affirmait une fois de plus son autorité! car si Mariette était pétulante et vive, Edmée de Beaufort était, au contraire, mélancolique et presque triste.
On se lie vite au couvent.