Elle devait y trouver son amie Mariette, et la gaieté de la jolie enfant eut bien vite dissipé le léger nuage dont l'ombre avait un moment passé sur sa sérénité.
Et puis, il y avait autre chose.
Depuis huit jours, un changement s'était opéré en elle. Il y avait désormais dans son existence un autre homme que son père.
C'était bien encore à l'état latent, on peut dire même qu'elle n'en avait pas conscience; mais à son insu, un sentiment nouveau était né dans son coeur, qui la rendait souvent pensive, la plongeait dans des rêveries sans fin, et quelquefois amenait une rougeur subite à ses joues.
Une fois à Sainte-Marthe, elle se trouva presque heureuse.
Elle était seule. Le monde ne faisait plus son tapage autour d'elle; elle pouvait rêver et se souvenir tout à son aise.
Cependant, elle savait bien qu'elle ne reverrait plus Gaston; mais elle était libre de penser à lui, et pour le moment cela lui suffisait.
Aussi, quand un matin elle apprit qu'elle allait se retrouver en sa présence, et que, pendant une heure, elle pourrait lui parler, elle eut comme un éblouissement et n'eut pas la force de repousser cette joie que le ciel lui envoyait.
Edmée n'avait jamais aimé. Elle ignorait avec quelle puissance l'amour s'empare d'un coeur naïf et jeune, et elle s'abandonnait sans défiance à cette ivresse inconnue qui l'inondait.
À la suite de cette entrevue, elle fut quelque temps à se recueillir: pour mieux dire, l'émotion qu'elle éprouvait se prolongea à travers toutes les occupations de la journée, et ce fut avec une sorte de joie folle qu'elle entendit la cloche de la retraite sonner.