— Viens toujours. Ne m'interroge pas, et ne redoute rien tant que je serai près de toi.
Edmée n'avait plus fait d'objection, et elle s'était confiée à son père.
Dès le soir même, elle entrait dans un nouveau couvent, qu'elle ne connaissait pas, dont elle n'avait pas même demandé le nom, et après avoir été reçue par la supérieure, elle se laissait conduire dans la cellule qu'elle allait habiter désormais.
Elle était comme accablée, ne cherchait à s'expliquer rien de ce qui se passait, et se sentait disposée à n'opposer plus aucune résistance. Plusieurs mois se passèrent de la sorte.
M. de Beaufort était venu souvent dans le commencement, et cela l'aidait à vivre. Il ne l'abandonnait pas et c'est tout ce qu'elle demandait.
Mais bientôt les visites de son père devinrent plus rares et plus courtes.
Elle remarqua aussi que chaque fois son front était plus soucieux; qu'il semblait préoccupé, qu'il ne parlait que par monosyllabes, et répondait à peine à ses questions. Toutes ses appréhensions reparurent; elle eut froid au coeur: elle s'imagina qu'elle était la cause des soucis de M. de Beaufort, et vaguement elle entrevit un abandon prochain.
Alors, son esprit s'exalta, et elle chercha à se réfugier dans un autre sentiment plus intime, plus mystérieux, le seul qui pût la sauver dans la détresse où elle se trouvait.
Elle avait à peine connu Gaston de Pradelle; mais il n'était pas besoin de voir souvent le jeune commandant pour reconnaître en lui une nature supérieure, un esprit élevé, un coeur excellent.
D'ailleurs, Gaston l'aimait; il le lui avait dit, et parfois, dans le silence des nuits, elle se rappelait la douceur émue de sa voix et l'éclat pénétrant de son regard.