Elle oubliait alors tout ce qu'elle avait souffert, l'isolement où elle était réduite, pour ne songer qu'à cet amour, qui lui semblait l'unique refuge où elle pût espérer la sécurité et le bonheur.
Bientôt elle n'eut plus d'autre pensée, et sa passion s'augmenta de tous les cruels soucis dont elle était abreuvée.
Il se développa même en elle, sous l'influence de cette solitude que rien ne venait plus troubler qu'à de longs intervalles, une audace de rêve qui lui communiqua des inspirations inconnues.
Ses nuits se peuplèrent de fantômes qu'elle aimait à revoir et qu'elle évoquait avec ardeur.
Elle se faisait ainsi un monde à part, où elle vivait presque heureuse.
Les autres souvenirs de sa vie s'effaçaient peu à peu, et à la chapelle, sous la douteuse clarté des lampes nocturnes, ou dans sa cellule, enveloppée du noir silence des longues nuits, elle ne songeait plus à autre chose. Les heures passaient sans qu'elle les comptât; souvent, l'aube blanchissait les rideaux de ses fenêtres, qu'elle n'avait pas encore clos la paupière.
L'image de Gaston ne l'avait pas quittée, et ce n'est qu'aux premières lueurs du jour qu'elle se décidait à abandonner son chevet.
Ce fut là, pour elle, un dérivatif puissant aux tortures qu'elle eût endurées.
Dès ce moment, elle ne fut plus seule.
Gaston était toujours près d'elle; elle lui parlait avec tout l'abandon d'une âme pure et candide, et formait des projets d'avenir auxquels elle l'associait, et dont la réalisation lui paraissait de jour en jour plus facile.