C'était une consolation: mais cela pouvait aussi devenir un danger; et dès qu'elle se trouverait de nouveau en butte aux tristes réalités de la vie, il était à craindre qu'elle ne s'y brisât.

Et puis, il y avait encore autre chose qui l'eût bien effrayée, si elle s'en était aperçue.

Dans cet isolement, auquel elle se complaisait maintenant, sous l'empire de ces aspirations, dont elle ne cherchait pas à modérer l'ardeur, son amour avait pris des proportions inattendues… et elle s'abandonnait à cette pente vertigineuse, sans se douter de l'abîme où elle aboutissait.

Comment aurait-elle pu croire que ce sentiment, qui la prenait avec tant d'autorité et par tous les sens, pût être répréhensible. Il n'y en avait pas d'autre auquel elle pût se rattacher, et il la rendait si heureuse! Qui donc eût pu la reprendre de s'y livrer tout entière!

Lui offrait-on une autre issue à la douloureuse condition qui lui était faite?

D'ailleurs, pour tout dire, à de certains moments, elle se sentait prise du désir fou de se soustraire, à quelque prix que ce fût, au sort injuste dont elle comprenait bien qu'elle était menacée; et en quelles mains plus loyales que celles de Gaston pouvait-elle remettre son honneur et son avenir.

Heureusement pour la pauvre recluse, Gaston n'avait point découvert encore le couvent où on l'avait enfermée et aucune catastrophe n'était à redouter; mais les événements allaient bientôt se précipiter, et il n'était pas inutile d'établir dans quelle situation d'esprit elle se trouvait pour bien expliquer la part singulière qu'elle devait y prendre.

II

Un soir, Edmée se trouvait seule.

On était à la fin de mars: six heures venaient de sonner, et après le goûter la pauvre enfant, était remontée dans sa cellule.