Depuis quelques jours, sans qu'elle eût pu dire pourquoi, une tristesse indéfinissable pesait sur son esprit; elle se sentait fatiguée de cette vie monotone qu'elle menait; la solitude lui était lourde; elle avait des malaises, des inquiétudes, qui sourdement s'emparaient de tout son être.

Elle étouffait sous ces murs épais et silencieux; un besoin impérieux de mouvement et d'air la prenait; il lui semblait qu'elle était enterrée vivante dans un cercueil étroit et qu'elle ne pouvait plus respirer.

Dès qu'elle se trouva dans sa cellule, elle courut à la fenêtre et l'ouvrit toute grande.

Il lui vint du dehors un souffle tiède auquel elle tendit sa lèvre avide, et son regard plongea dans les allées du verger.

La nuit venait peu à peu.

Des ombres transparentes flottaient indécises dans le vaste enclos, et au delà du mur de clôture elle entendait le piétinement de quelques rares passants.

Il y avait là à une faible distance, une petite maison isolée, au milieu d'un terrain vague, qui plus d'une fois déjà avait attiré son regard.

Elle était inhabitée: tout ou moins n'y avait-elle jamais constaté la présence d'aucun être humain, et les volets du premier étage en étaient toujours fermés.

Oh! cette petite maison! que n'eût-elle pas donné pour y pénétrer et y demeurer, ne fût-ce qu'une heure.

Libre! être libre! Quel rêve pour une malheureuse recluse!