— Est-ce là que vous habitiez?
Miss Stevenson étendit la main vers un point de la rive.
— Tenez, dit-elle avec un sanglot mal étouffé, vous voyez cette petite maison blanche, à moitié cachée aujourd'hui par un épais rideau de peupliers et de tamaris, il y a dix ans, elle était humble et pauvre, et le sol, autour d'elle, était pelé et nu. C'est là que j'ai passé les plus doux instants de ma vie, assise auprès du berceau de ma fille. C'est de là aussi que j'ai été violemment arrachée, pour être jetée dans cette prison où vous m'avez trouvée.
— Est-ce de ce côté qu'il faut gouverner? demanda Gaston.
— Si vous le voulez bien, répondit miss Stevenson.
La côte n'était plus qu'à une faible distance, il y avait là une petite crique de sable fin, au-dessus de laquelle le bourg s'élevait en amphithéâtre. Gaston y dirigea l'embarcation, et peu après, il sautait à terre et aidait la jeune femme à en faire autant.
Celle-ci avait repris toute son énergie; dès qu'elle eut senti le sol sous ses pieds, elle prit résolument le bras du commandant, et l'entraîna vers la maison qu'elle avait désignée.
Une fois qu'elle en eut atteint le seuil, elle abandonna brusquement le jeune marin et ne tarda pas à disparaître dans le jardin.
Elle resta absente quelques minutes.
Quand elle revint, Gaston remarqua qu'elle était plus pâle encore et qu'elle semblait plus oppressée et plus sombre.