Gaston de Pradelle avait rarement observé un pareil spectacle, et s'abandonnait à l'admiration qu'il éveillait en lui.

Quant à miss Fanny Stevenson, elle semblait indifférente à tout, absorbée dans une pensée unique, ne songeant qu'à son but.

Elle s'était rejetée à l'arrière de l'embarcation, avait serré fortement sa mante autour de sa taille, son voile épais sur ses cheveux.

Ainsi accotée, elle gardait le silence, et pendant tout le temps elle ne proféra pas une parole.

Seulement, quand on approcha de terre, elle parut éprouver comme une secousse nerveuse, se dressa sur son séant, et, écartant brusquement son voile, elle jeta un regard plein de flamme sur la rive.

— Qu'avez-vous? interrogea Gaston, rappelé par ce mouvement à la réalité de la situation.

— Nous approchons! fit la jeune femme.

— Vous reconnaissez la côte?

Un sourire amer crispa la lèvre de miss Stevenson, pendant qu'un frisson secouait ses épaules.

— Depuis dix années, répondit-elle, tout cela a bien changé; la nature ne vieillit pas, et l'âge ne fait que l'embellir. Ce bourg, que vous apercevez maintenant derrière ces bouquets d'arbres, n'était autrefois qu'un pauvre petit refuge de pêcheurs; maintenant c'est presque une ville.