— Parfaitement.

— Et vous consentez à m'accompagner?

— Nous partirons quand vous voudrez.

Par un mouvement plus prompt que la pensée même, la jeune femme s'empara des mains de Gaston et les baisa avec un transport de joie folle.

— Ah! c'est bien, cela! dit-elle en cherchant à réagir contre sa propre émotion, vous êtes généreux, et Dieu vous récompensera. Si ma fille m'est rendue, c'est à vous peut-être que je le devrai…

Puis elle passa dans une pièce voisine, jeta à la hâte une mante sur ses épaules, un voile épais sur ses cheveux, et revint peu après vers le jeune commandant qui attendait.

— Partons! partons! dit-elle, ne perdons pas une seconde… nous n'avons plus que quelques heures de jour; et la nuit, nous pouvons être arrêtés par bien des obstacles… Venez!…

Ils descendirent d'un pas rapide vers l'embarcation qui fut immédiatement poussée à la mer, et quelques minutes après, elle filait vers la côte, emportant le commandant, la jeune femme et Bob, le petit mousse.

Quand ils atteignirent la côte, il était cinq heures environ.

La bourrasque s'était tout à fait calmée; la mer était unie comme un lac; de chaque côté de l'embarcation, le regard plongeait en des profondeurs limpides, où l'on distinguait une végétation vigoureuse, aux tons colorés, où se mêlaient les fougères hérissées, de véritables parterres émaillés de pépites azurées, ou encore de longs rubans de lianes globuleuses ou tubulées. C'était comme une fête des yeux; de temps à autre, s'élançaient du flanc des rochers aigus et noirs des arbres gigantesques dont les branches chargées de fleurs éclatantes se balançaient mollement au mouvement du flux et du reflux.