Il y avait de quoi tuer un boeuf.
Un murmure de stupéfaction courut dans les rangs des témoins de cette scène et chacun se leva pour voir.
Pour être vrai, nous devons ajouter qu'il se mêlait, à ce murmure étonné, une certaine nuance d'admiration.
D'ailleurs, ce n'était pas fini, et il était intéressant d'attendre la suite.
Le Coupeur, un moment étourdi, s'était énergiquement redressé et à moitié aveuglé par le sang qui coulait en abondance de son front meurtri, il semblait se ramasser pour fondre sur son redoutable adversaire.
Seulement il avait compris tout de suite qu'il n'était pas de force à lutter avec les mêmes armes, et il venait de tirer de sa poche un énorme couteau catalan.
— Ah! canaille! grommela-t-il, tu veux m'échapper, mille millions de tonnerre! Tu ne sortiras d'ici que les pieds devant. Attends! attends!
Et brandissant son couteau, dont la lame aiguë traçait, à travers la buée, de sanglants éclairs, il fit quelques pas vers l'ex- capitaine d'armes.
Il avait, la face convulsée; et, de son souffle puissant, il chassait au loin les gouttes de sang qui rougissaient sa lèvre.
On ne pouvait rien imaginer de plus hideux. La matrone, qui ne s'effrayait pourtant pas facilement, s'était levée de son comptoir et suppliait d'une voix rauque.