Il y avait longtemps qu'Edmée n'avait entendu parler de la jolie pensionnaire de Sainte-Marthe, et ce lui fut une grande joie d'avoir de ses nouvelles.
La lettre avait huit pages d'une écriture menue et serrée, et on voyait que la petite Mariette avait voulu rattraper le temps perdu.
Edmée ne remit pas à la lire.
Elle congédia Bob aussitôt, en le priant de prévenir Gaston qu'elle irait bientôt lui faire connaître le résultat de l'entretien qu'elle allait avoir avec son père, et comme Fanny Stevenson jugea que sa présence ne pouvait plus lui être utile, elle suivit le jeune novice, laissant sa fille tout entière à la lettre qu'elle venait de recevoir.
Dès qu'elle fut seule, Edmée en commença la lecture.
Et à peine eut-elle jeté un coup d'oeil sur les premières lignes, qu'une expression de profond étonnement se répandit sur ses traits.
La lettre était datée de Kerbrat, près Saint-Renan (Finistère), et elle portait en grosses lettres soulignées, ces mots, qui étaient une révélation:
«MADAME DE PALONNIER, NÉE MARIETTE DU PARC, À MADEMOISELLE EDMÉE DE BEAUFORT.»
Et elle continuait ainsi, qu'il suit:
«Je vois d'ici ton étonnement, chère Edmée; tu lis et relis cette ligne, que je viens d'écrire et tu as peine à en croire tes yeux. Pourtant rien n'est plus vrai. La petite Mariette n'est plus! elle s'appelle maintenant madame de Palonnier. Comprends-tu? Et si tu savais comme je suis heureuse! Ah! le bonheur! on m'avait toujours dit que ça ne dure pas. Chaque soir je pensais: demain, ce sera fini. Eh bien! pas du tout: car chaque jour ça recommence.