«Il est vrai qu'il n'y a guère qu'un mois que je suis mariée; mais ce mois-là, on ne le donnerait pas pour tous les trésors de ce monde — et de l'autre.

«Depuis que j'ai quitté Paris, je t'ai écrit un paquet de lettres, les unes à Sainte-Marthe, où tu n'es plus sans doute, puisque tu ne m'as pas répondu. — Je t'en félicite.

«Mais je t'ai écrit également rue de la Chaussée-d'Antin et tu ne m'as pas répondu davantage.

«Où es-tu donc? Qu'es-tu devenue?

«Alors l'idée m'est venue de placer ma lettre sous l'enveloppe de celle que Maxime écrit à M. Gaston, et je suis tranquille désormais, car je suis assurée que le commandant, saura bien te dénicher.

«Pauvre chère, il me semble que je t'aime encore plus qu'avant. Le mariage, c'est bien drôle, va; tu verras cela toi-même, et j'espère que ce sera bientôt.

«Mais je veux te raconter par le menu comment ces graves événements se sont accomplis et par quelle suite d'enchantements j'ai passé.

«Tu sais, n'est-ce pas? que Maxime et moi nous sommes deux orphelins; comme moi, il a perdu son père et sa mère, quand il était encore tout jeune, et lorsqu'il eut l'idée de me demander en mariage, c'est à moi-même qu'il s'adressa pour obtenir ma main. Il y avait longtemps que cette main-là me démangeait. Je l'aimais déjà pour tout le bien qu'il m'avait fait, le soin qu'il avait pris de mon enfance et ma reconnaissance n'attendait qu'un signe pour se changer en amour. On n'aime comme cela qu'une fois dans sa vie, et je n'y mis pas de résistance.

«D'ailleurs, je sentais bien qu'il m'aimait. Il n'est pas besoin qu'on vous apprenne ces choses-là. Dès qu'il me parla de mariage, j'acceptai tout de suite! Et le parloir de Sainte-Marthe doit avoir gardé le souvenir des transports de joie auxquels Maxime s'abandonna lorsque je lui avouai que je serais heureuse de devenir sa femme.

«Dès le lendemain, je quittai le couvent, et le soir même nous prenions le train de Brest.