— Ah! tu me fais payer bien cher une faute que je voudrais racheter au prix de tout mon sang…

— Pardonnez-moi!

— Me quitter, toi! poursuivit M. de Beaufort, toi, qui es ma seule consolation, et que j'aimais de tous mes regrets, et de tous mes remords du passé. Ce châtiment manquait à mon supplice, et c'est ma fille… mon Edmée…

La pauvre enfant se jeta éperdue dans les bras de son père.

Jamais elle n'avait surpris une telle douleur sur ses traits, et elle en était épouvantée.

Elle le serra follement contre son coeur.

— Non! non, dit-elle, ne pleurez plus, je vous en conjure. Écoutez. Je ferai ce que vous voudrez. Je n'aurai d'autre volonté que la vôtre… Par pitié, ordonnez! dites ce qu'il faut que je fasse; j'aimais miss Stevenson pour tout ce qu'elle a souffert. Eh bien, je ne la verrai plus… Est-ce là ce que vous voulez!… Gaston est le premier homme auquel j'ai rêvé de confier le bonheur de toute ma vie, c'est le seul que j'aimerai jamais… dites un mot, mon père, et je vous jure que je ne prononcerai plus son nom devant vous. Ces deux sacrifices, je vous les offrirai comme preuve de mon affection. Qu'importe que j'en meure! pourvu que j'assure ainsi votre sécurité, et que je vous voie heureux… Je retournerai au cloître… le monde m'y oubliera… Gaston lui-même finira par aimer une autre femme!… tout!… je consens à tout, entendez-vous bien… pourvu que vous me regardiez comme autrefois et que je ne voie plus de larmes dans vos yeux, mon père!… Ah! répondez-moi au moins… et dites-moi que vous êtes content de votre enfant!…

M. de Beaufort était incapable de répondre: les pleurs l'aveuglaient; sa gorge serrée était étouffée de sanglots. Jamais il n'avait éprouvé une plus poignante émotion.

Enfin, il secoua la tête avec force, prit la tête d'Edmée dans ses mains, enfonça ses doigts frémissants dans les flots de sa chevelure opulente, et l'embrassa à diverses reprises avec des transports de joie.

— Tais-toi! tais-toi!… dit-il d'un accent plein de désordre. Tu es ma fille, mon enfant adorée… et je mourrais plutôt que de porter atteinte à ton bonheur!… Je verrai Gaston… il est digne de toi et de l'amour que tu as conçu pour lui… Laisse-moi faire… Aie confiance en mon affection, et je jure Dieu que rien ne viendra plus menacer le bonheur que tu as si bien mérité.