— Assez! assez! supplia miss Stevenson.

Sa poitrine se soulevait avec effort; les larmes brûlaient ses yeux… Elle eût voulu crier et la voix s'étranglait dans sa gorge.

— Et c'est alors que le comte…? ajouta-t-elle comme à bout de forces.

— C'était un matin, comme à présent, répondit la vieille. Il faut vous dire qu'à cette époque je n'étais pas heureuse; je vivais misérablement, attendant toujours l'argent que votre père m'avait promis, et qui ne venait pas… J'ai su depuis que cet argent passait par les mains de ce misérable Palmer, et qu'il y restait; la vie était donc très dure, et plus d'une fois déjà la petite avait eu faim.

— Horrible! c'est horrible!…

— Alors, vous saisissez bien, il ne faut pas trop m'en vouloir. Ce fut dans l'intérêt de l'enfant. Quand le comte vint, j'avais épuisé toutes mes ressources; il vit la petite qui était toute pâlotte. Il me dit qu'il était le père, me fit voir des papiers qui le prouvaient, disait-il; enfin il me menaça tout en m'offrant de l'argent si je cédais… et dans une pareille situation…

— Vous lui avez remis l'enfant?

— Cela valait mieux que de la voir mourir de faim.

— Ô misère!…

— Mais cela m'a bien coûté, allez, je puis le dire. On ne comprend combien on aime ces petits êtres-là que lorsque le moment vient de s'en séparer. Et si vous aviez vu comme elle pleurait, comme elle me tendait les bras … avec quelle voix déchirante elle appelait sa mère!…