C'était au mois de décembre, lors des premières grandes fêtes données par M. Beaufort-Wilson.

Ainsi que nous l'avons dit, de nombreuses invitations avaient été lancées, et aucune notabilité du monde parisien ne manqua à cet appel de l'une des maisons les plus considérables de la capitale.

Dès la première heure, les salons se remplirent d'une foule avide et curieuse, et madame de Beaufort, ravie du bonheur qu'elle voyait rayonner dans les yeux de sa fille Nancy, accueillit ses hôtes de ses plus gracieux sourires.

Quant à Edmée, appuyée au bras de son père, elle allait et venait, un peu étonnée de ce mouvement inusité, cherchant, à se retrouver elle-même à travers cette animation et ce brouhaha, regrettant, au fond du coeur, le calme des soirées ordinaires qu'elle passait à lire ou à broder.

En ce moment, et comme elle pénétrait avec son père dans le salon principal où l'on devait danser, elle s'arrêta tout à coup devant le tableau qui frappa ses regards…

À l'extrémité opposée du salon, sa mère était assise, ayant Nancy, sa plus jeune fille, à ses côtés, et causant avec un jeune homme qui s'inclinait pour la saluer.

C'était là assurément un fait bien insignifiant, et Edmée eût été fort empêchée de dire pourquoi elle en fut frappée.

Le jeune homme portait l'uniforme d'officier de marine: il était grand, élancé, et à la pâleur répandue sur son front, on devinait quelque mystérieuse souffrance, ou tout au moins quelque pensée absorbante qui devait exercer sur son esprit une influence souveraine.

C'était la première fois que Edmée le voyait; pourtant, il lui sembla qu'elle l'avait déjà rencontré quelque part.

Un souvenir vague comme un rêve… elle n'aurait pu préciser; mais à sa vue elle éprouva une sensation qu'elle n'eût pu définir, et qui, pendant quelques secondes, la troubla profondément.