—Vous ne sauriez croire, Mademoiselle, dit-il, combien je suis heureux d'avoir été accueilli avec tant de bienveillance par madame de Beaufort.
— C'est cependant bien naturel, Monsieur, répondit Edmée en s'enhardissant de son mieux; d'après les paroles qu'a dites ma mère tout à l'heure, vous avez connu dans l'Inde quelques membres de notre famille?
— Oui, Mademoiselle, les Wilson de Calcutta; de véritables nababs, qui ont conservé sous ces latitudes lointaines les habitudes d'hospitalité de l'Angleterre.
— Vous êtes resté longtemps dans ce pays?
— Un mois à peine.
— Vous avez beaucoup voyagé?
— J'ai passé presque tout mon temps à la mer, depuis dix ans au moins.
— Ce doit être là une existence pleine d'enchantement. Voir des pays ignorés, visiter des contrées neuves, pour ainsi dire inconnues! Il me semble qu'il n'y a rien de comparable à cela!
Gaston ébaucha un sourire.
— Détrompez-vous, Mademoiselle, répondit-il; à distance, oui, peut être; il y a certaines illusions d'optique auxquelles on se laisse prendre. Mais, en réalité, si vous saviez quel vide cela fait au coeur. Être toujours seul, en face de l'immensité, loin du pays où l'on voudrait toujours revenir et où l'on ne revient que pour s'éloigner de nouveau! C'est là, croyez-moi, une existence qui n'a rien d'enviable.