Nanna.—Une fois que furent rassasiés les paysans après l'avoir changée en un tonneau d'huile de leur récolte, tandis qu'échevelée elle s'égratignait toute, on la jeta au milieu d'une couverture tenue par les quatre coins, et les trente-et-uniers s'amusèrent à la faire sauter si haut qu'elle restait un quart d'heure en l'air avant de retomber; sa chemise et ses jupons, enlevés au vol par le souffle du vent, lui faisaient montrer la lune au soleil, et s'il n'était arrivé que la peur lui dérangea le corps et lui fit enduire d'une couche de vernis la couverture et les mains qui la tenaient, elle sauterait encore.
Pippa.—Plût au ciel que sautât aussi la tête de celui qui avait ordonné ce jeu.
Nanna.—Quand il lui sembla que le trente-et-un l'avait chatouillée et la couverture promenée suffisamment, il commanda qu'on prît un paquet d'osier et la fit mettre à califourchon sur les épaules d'un grand drôle; celui-ci la tenait si serrée qu'elle avait l'air de dévider l'écheveau, en jouant des mains et des pieds; mais elle filait à son rouet une poignée d'étoupe trop emmêlée et, après qu'elle se fut trémoussée un bout de temps, elle reçut sur le cul autant de coups de verges qu'elle était restée de jours à se faire prier avant de revenir chez lui; pour que rien ne manquât à la férocité néronienne du misérable gredin, il lui coupa sa robe à la ceinture et la laissa libre de s'en aller, avec sa bénédiction.
Pippa.—Qu'il soit laissé à la discrétion du couperet, quand le bourreau le lève pour couper le cou à des gens qui ne le méritent pas autant!
Nanna.—On prétend, et c'est vrai, que comme elle s'en revenait et voulait cacher sa pudeur avec ses mains, un essaim d'abeilles vint se blottir entre ses cuisses, croyant que c'était là leur ruche à miel.
Pippa.—Il lui manquait cela.
Nanna.—Je suis fort la servante d'une jeunesse des plus huppées entre les putains de Rome, laquelle fut alléchée par trois cents ducats que lui laissait dans son testament un homme qui se mourait d'amour pour elle. Elle s'aperçut qu'il feignait d'être à toute extrémité et que le testament, qui chantait la gamme des trois cents ducats, ne servait qu'à la faire courir et à lui faire voir ce qu'elle pouvait espérer en lui étant favorable. Sais-tu ce qu'elle fit?
Pippa.—Je n'en sais rien, mais je voudrais bien le savoir.
Nanna.—Elle lui administra une pincée de poison et l'envoya sur la civière; de la sorte, le testament dut lui lâcher l'argent comptant.
Pippa.—Je veux dire le chapelet pour elle: je veux que, par l'intermédiaire de mes Pater nostri, le bon Dieu d'Imola laisse les citrouilles en fleur et lui pardonne un si galant péché.