Il ne se dit ni ne se répondit autre chose entre elles trois, mais le lendemain elles vinrent comme il était convenu, et lorsqu'elles s'assirent sous le pêcher il échut à la commère de se placer entre la nourrice et la Nanna; la gentille Pippa se mit en face de la commère. Au même instant une grosse pêche, la seule qui restât sur l'arbre, tomba sur la tête de la commère, ce qui fit que la nourrice s'écria en riant à n'en plus pouvoir:—«Tu ne peux nier maintenant que ton grand plaisir, jadis, c'était d'offrir ton panier de pêches.»—«Cela non—répondit-elle—le peu de fois ou le grand nombre de fois que j'y ai été forcée, il m'a semblé aller à la potence. Mais si l'argent fait tout et peut tout, quel miracle y a-t-il à ce qu'il nous fasse tourner à l'envers?» Après les rires qu'avait occasionnés la chute de la pêche, la Pippa se mit à écouter, la bouche ouverte, si attentivement qu'on aurait cru qu'elle voulait boire avec ses oreilles les paroles de la commère; celle-ci commença.
TROISIÈME JOURNÉE
La Ruffianerie
Ci commence la Troisième journée de la seconde partie des capricieux «Ragionamenti» de l'Arétin, dans laquelle la Nanna et la Pippa, assises au milieu du jardin, écoutent la Commère et la Nourrice converser sur la Ruffianerie.
La commère.—La maquerelle et la putain, ma chère nourrice, ne sont pas seulement des sœurs, mais des sœurs jumelles; Mme Luxure est leur mère, et messire Bordel est leur père: ainsi parlent les chroniques. Mais moi je croirais plutôt que la ruffianerie est fille de la putanerie ou mieux encore que la putanerie est issue du ventre de la ruffianerie.
La nourrice.—A quel propos veux-tu m'engager dans de semblables discussions?
La commère.—A propos de la cuisse que je voudrais voir se casser celui qui nous a ôté le haut du pavé, parce que force est que la maquerelle ait engendré la putain. Tiens-le pour chose assurée, cela est; mais si cela est, on ne devrait pas souffrir que n'importe quelle petite merdeuse de putain prenne place au-dessus de nous aux fêtes.
La nourrice.—Oh! très bien.
La commère.—Je m'émerveille de ce que Salomon n'ait pas mordu à ces subtilités-là. Mais n'importe, contentons-nous de notre métier; je vais te faire renaître en t'en racontant les finesses, et en temps et lieu je te montrerai comment la putain nous rend, sans le vouloir, les honneurs qu'elle nous doit; comment il n'est pas jusqu'aux seigneurs qui ne confessent notre supériorité en nous mettant, lorsqu'ils nous parlent en secret, a dextram patribus. Écoute-moi d'abord, tu pourras parler ensuite.
La nourrice.—Me voici attentive.