La nourrice.—Notre homme va besogner quelque chambrière; il me semble voir cela d'ici.
La commère.—Quelle autre voudrais-tu qu'il besognât?
La nourrice.—Ne te l'ai-je pas dit?
La commère.—Nourrice, après bien des cérémonies et non sans lui avoir souhaité bonne chance, je le conduisis à tâtons entre les bras de la chambrière que tu as devinée: il la paya et la besogna comme il faut et, après m'avoir remerciée, s'en fut trouver un ambassadeur, en exigeant sa parole, lui raconta la trame, et force fut à l'ambassadeur de venir sous un déguisement tâter de la chambrière: il en tâta et retâta plus de dix fois, et non seulement lui, mais une centaine de chevaliers, d'officiers et de courtisans vinrent le lui mettre; je gagnai à ce jeu presque tout ce que je possède.
La nourrice.—Dis moi, la filouterie fut-elle découverte?
La commère.—Oui, elle fut découverte.
La nourrice.—Comment?
La commère.—Un beau matin que par hasard elle s'était appliqué sur l'estomac un tonsuré, comme il faisait grand froid, un réchaud de charbons allumés que j'avais placé dans la chambre jeta un peu de flamme, et le monsignor aperçut le visage de la donzelle. Voyant que ce n'était pas celle qu'il croyait, il voulut me manger, m'envoya une bordée d'injures, des plus grosses, deux ou trois fois m'enfonça les doigts dans les yeux pour me les arracher et ne put se retenir de m'administrer une volée de coups de poing. Si ma langue n'était venue à mon secours, j'étais démolie. Peu s'en fallut ensuite, quand le bruit courut du tour que j'avais joué à tant de monde, que le mari de la femme envolée ne me taillât en pièces et en morceaux: il lui semblait véritablement que cette seconde histoire le déshonorait plus que la première. Mais qui échappe une fois échappera cent fois; bientôt ma bonne farce ne fit plus que rire.
La nourrice.—A la bonne heure!