Il ne put achever, par la raison que le reste était déchiré; en apercevant une autre, qui était très bien écrite, il voulut la lire et je ne pus lui arracher le livre des mains. Je voudrais bien te dire cette pièce-là, et je voudrais tout autant ne pas te la dire.

La nourrice.—Dis-la, j'en courrai le risque.

La commère:

S'il est possible, Amour,
Répartis dans les cœurs des autres hommes
Cette mienne passion.
Mes esprits, mon âme, mes sens,
Sous la souffrance dont tu m'accables,
Endurent en cette chair un martyre immense;
Et puisque c'est un supplice atroce
Que d'expirer sur l'amoureuse croix,
J'espère en ta pitié à mon dernier soupir.
Mais non; n'aie pas égard, Seigneur,
A mes si grandes peines.
Je veux mourir d'amour,
Et bien qu'en la douleur
Le corps sente son salut,
Que ta volonté soit faite!

La nourrice.—Ce madrigal a été mis en musique et parle de l'amour divin; le maître dit qu'il l'a composé quand il n'était encore qu'un disciple, ainsi que tous ceux que tu as récités et que tu nous réciteras.

La commère.—Le Fléau des Princes les a composés dans la fleur de sa jeunesse. En ce moment, le moine, entendant heurter à la porte, jette le livre, court s'enfermer dans la chambre, et moi j'ouvre à la gourgandine; je la prends par la main, je la mène au beau sire sans lui laisser le temps de reprendre haleine et, après avoir tiré sur moi la porte de la chambre, je reste en suspens une minute; j'entends alors un tic toc, tic le plus brutal dont on ait jamais frappé porte de maquerelle ou de putain, après trahison.

La nourrice.—Qui est-ce qui frappait si fort?

La commère.—Certains miens coupe-jarrets.

La nourrice.—Oh! pourquoi?