La nourrice.—La belle fin que cette chanson doit avoir!

La commère.—Elle l'a pour sûr. Il se mit ensuite à en lire une terrible, composée à la louange d'une certaine Angela Zaffetta, et que je m'en vais parfois gazouillant quand je n'ai rien de mieux à faire ou quand mes tracas me tourmentent.

La nourrice.—Eh quoi! l'on chasse ses tracas en chantant?

La commère.—Je vais te dire, nourrice. Celui qui à minuit passe par un cimetière chante pour donner du courage à sa frayeur, et celle qui semblablement fredonne en songeant à ses ennuis le fait pour donner le change à son chagrin.

La nourrice.—Jamais, jamais on ne trouvera une autre commère. Aboie qui voudra, par envie ou pour n'importe quoi, c'est la vérité.

La commère.—Voici cette chanson que lut le moine:

Être privé du ciel
N'est plus aujourd'hui que le supplice
De la gent réprouvée.
Savez-vous quel tourment
Accable les âmes damnées?
C'est de ne plus pouvoir contempler l'Angela sur la terre.
Rien que l'envie et la jalousie
Qu'elles ont de notre bonheur,
Et l'espoir perdu de ne jamais la voir
Les plongent à toute heure
Dans l'éternelle douleur.
S'il leur était permis de contempler son visage,
L'Enfer serait un nouveau Paradis.

La nourrice.—Que c'est beau, que c'est bon, que c'est galant! Elle peut s'estimer heureuse celle pour qui la pièce a été faite, bien que les flatteries n'emplissent pas le ventre.

La commère.—Elles l'emplissent, sans l'emplir. Le moine la relut trois fois, puis il entama celle qui dit:

Je meurs, Madonna, et je me tais;
Interrogez Amour là-dessus:
Je suis autant de feu que vous êtes de glace.